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Test Assassin’s Creed Mirage : un retour aux sources séduisant mais limité

Après des années d’expérimentation, d’ouvertures tentaculaires et de mécaniques de jeu inspirées des RPG modernes, Ubisoft choisit une pause, presque un acte de contrition.
Avec Assassin’s Creed Mirage, la franchise revient à ses racines, là où tout a commencé : une ville dense, un assassin discret, un gameplay centré sur la furtivité et la précision.
Adieu les contrées immenses d’Odyssey ou de Valhalla, place à Bagdad, capitale d’un monde arabe en plein âge d’or, terrain de jeu restreint mais vibrant d’histoire.

Mirage ne cherche pas à impressionner par sa taille, mais par son identité. Le jeu ne prétend pas être le plus vaste, le plus long ou le plus spectaculaire ; il veut être authentique.
C’est un pari audacieux, presque risqué : ressusciter le charme du premier Assassin’s Creed dans un monde de joueurs habitués à l’opulence et à la liberté totale.
Et dès les premières heures, on sent cette volonté de renouer avec l’âme perdue de la série – mais aussi la tension entre nostalgie et modernité.


Bagdad, joyau de lumière et de poussière

S’il y a une star incontestable dans Assassin’s Creed Mirage, c’est Bagdad.
Forget les fjords nordiques ou les paysages méditerranéens : ici, tout respire la chaleur, le mouvement et la densité.
Les ruelles étroites se tordent autour des souks bruyants, les toits plats dessinent un réseau infini d’itinéraires pour les assassins, et la lumière du désert baigne chaque façade d’un éclat doré presque palpable.

Ubisoft Bordeaux, à la tête du projet, a clairement mis le paquet sur la reconstruction historique.
Le Bagdad du IXᵉ siècle vit, respire et bruisse : marchands criant leurs prix, gardes patrouillant nonchalamment, érudits discutant sous des arches de pierre.
On ne traverse pas cette cité – on la vit, on s’y perd, on s’y fond.

La direction artistique, loin d’être ostentatoire, vise le crédible plutôt que le spectaculaire.
Les textures sont fines, les jeux de lumière subtils, et la densité de détails rappelle ce qu’Ubisoft faisait de mieux à l’époque d’Assassin’s Creed II.
Chaque quartier – des jardins luxuriants du Palais au chaos des faubourgs – possède sa propre ambiance sonore et chromatique.

Le level design, lui, est une leçon d’équilibre.
Tout est pensé pour la mobilité : toits reliés entre eux, balcons accessibles, ruelles où disparaître en un instant.
Mirage fait du parkour un ballet fluide, presque instinctif.
Basim – le héros – bondit, glisse, s’accroche avec une souplesse rarement vue depuis Ezio Auditore.
C’est simple, élégant et jouissif : la verticalité redevient le cœur de l’expérience Assassin’s Creed.

Mais ce Bagdad n’est pas qu’un décor ; c’est une métaphore du jeu tout entier.
À la fois ancien et vivant, familier et dangereux, il incarne ce que Mirage veut accomplir : renouer avec le passé sans le figer.

Le retour de l’assassin

Chapitre 2 : Le grand retour de l’infiltration

Dès les premières missions, Assassin’s Creed Mirage affiche son ambition : redonner à la furtivité ses lettres de noblesse.
Oubliez les arbres de compétences labyrinthiques et les builds d’armes légendaires. Ici, tout se joue sur le timing, la précision et la patience.

Basim n’est pas un guerrier nordique, ni un demi-dieu spartiate. C’est un assassin, au sens pur du terme : rapide, discret, létal.
La lame secrète reprend enfin sa place de protagoniste. Le joueur réapprend à observer, marquer les cibles, étudier les rondes, trouver la faille.

Les mécaniques d’infiltration, inspirées du premier Assassin’s Creed, bénéficient d’un peaufinage moderne :

  • Les zones d’ombre et la gestion du bruit sont plus fines.
  • L’aigle Enkidu sert d’outil de repérage stratégique.
  • Les déguisements et la discrétion dans la foule reprennent de l’importance.

Cette sobriété volontaire rappelle combien la série s’était éloignée de son essence.
Mirage redonne du poids à la préparation, à la tension avant le coup, au plaisir du contrôle total d’une situation.
Certes, les fans d’action brute y verront une régression. Mais pour les puristes, c’est une bénédiction : Ubisoft renoue avec la subtilité.

Pourtant, tout n’est pas parfait.
L’intelligence artificielle, souvent incohérente, ternit l’expérience : des gardes aveugles, des réactions absurdes, des comportements mécaniques.
On sent parfois les coutures d’un moteur ancien (le même qu’Odyssey et Valhalla), et cette rigidité rappelle combien la série gagnerait à une refonte profonde.
Mais l’intention est claire : Mirage veut renouer avec la précision et la méthode, non avec le chaos des batailles.


Chapitre 3 : Basim, l’assassin aux deux visages

Basim Ibn Ishaq est un héros à part.
Ce n’est pas un simple assassin en quête de rédemption : c’est un homme hanté, tiraillé entre son passé de voleur et son destin d’initié.
Ubisoft réussit ici à créer un personnage plus nuancé que les protagonistes récents, plus humains, plus faillibles.

Son évolution — de jeune homme impulsif à membre aguerri du Credo des Assassins — s’inscrit dans un récit plus resserré, plus intime.
Le scénario, moins étalé que dans les derniers opus, se concentre sur quelques arcs narratifs solides : la confrérie, la loyauté, le doute, et surtout la quête d’identité.

La mise en scène, sobre mais efficace, sert parfaitement ce propos.
Pas de cinématiques interminables ni de dialogues pompeux. Les échanges sont courts, tendus, parfois émouvants.
Le jeu aborde aussi la spiritualité et la philosophie du credo sans tomber dans la lourdeur.

Mirage ne cherche pas à bouleverser le lore d’Assassin’s Creed, mais à le raffermir.
Pour les fans, il offre de nombreux clins d’œil à l’univers global, notamment à Valhalla, dont Basim est issu.
Cette connexion renforce la cohérence de la saga tout en donnant à Mirage une valeur de pont narratif — entre l’ancien et le nouveau monde.

Cependant, le scénario peine parfois à prendre de la hauteur.
Certaines missions souffrent d’un rythme inégal, et les enjeux politiques de Bagdad restent souvent en arrière-plan.
On aurait aimé que le jeu exploite davantage la richesse historique du contexte abbasside, plutôt que de se contenter de quelques touches décoratives.

Mais là où Mirage triomphe, c’est dans son économie narrative :
il préfère suggérer que surligner, murmurer que crier. Et c’est précisément ce que la série avait perdu.


Chapitre 4 : Technique, ambiance et immersion

Sur le plan technique, Assassin’s Creed Mirage surprend.
Construit sur un moteur vieillissant, il parvient malgré tout à offrir un rendu visuellement somptueux.
La direction artistique fait des merveilles : les textures du sable, la lumière du matin sur les toits, la richesse des costumes.
Chaque plan semble pensé comme une peinture vivante.

Sur console current-gen, le jeu tourne à 60 fps stables, avec peu de bugs majeurs — un exploit pour Ubisoft.
Les temps de chargement sont courts, la navigation fluide, et la lisibilité de l’interface bien pensée.

Côté son, Mirage tutoie l’excellence.
Les voix arabes apportent une authenticité rare, et la bande-son, signée Brendan Angelides, oscille entre tension dramatique et mysticisme oriental.
Les cris des marchés, les pas feutrés sur les toits, les chants d’appel à la prière à l’horizon : tout concourt à une immersion totale.

L’équipe d’Ubisoft Bordeaux a aussi fait un choix audacieux : réduire la carte pour privilégier la densité.
Résultat : on ne passe plus des heures à voyager sans but, mais à s’immerger dans des espaces cohérents, vivants, presque théâtraux.
Chaque ruelle a une histoire, chaque quartier une âme.

En revanche, quelques limites persistent :

  • Les animations de visage restent figées dans les cinématiques.
  • Le moteur peine à gérer certaines foules.
  • Quelques textures paraissent datées sur PC ultra.

Mais globalement, le jeu respire la maîtrise et la maturité artistique.
Assassin’s Creed Mirage n’en met pas plein la vue : il séduit par son élégance et sa cohérence.

PARTIE 3 — Le charme et les limites du retour

Chapitre 5 : Le prix de la nostalgie

Revenir aux sources n’est pas sans risque.
Si Assassin’s Creed Mirage assume son ambition de renouer avec l’esprit originel de la série, ce choix s’accompagne d’un parfum de compromis.
Certes, le gameplay est plus resserré, l’infiltration mieux mise en valeur, et le rythme plus équilibré.
Mais cette sobriété, aussi salutaire soit-elle, révèle aussi la fatigue structurelle d’une formule vieille de plus de quinze ans.

L’absence de réelles innovations finit par peser.
On a beau savourer la précision des assassinats et la beauté de Bagdad, il est difficile d’ignorer ce sentiment de “déjà-vu”.
Les mécaniques de parkour, bien qu’efficaces, reposent sur des fondations connues ; les combats, eux, manquent cruellement de profondeur.
L’IA, souvent incohérente, casse parfois l’illusion d’être un véritable chasseur silencieux.

C’est là tout le paradoxe de Mirage :
en cherchant à ressusciter le charme du premier Assassin’s Creed, Ubisoft redonne vie à ses forces, mais aussi à ses faiblesses.
Les fans d’infiltration pure y verront un hommage sincère ; ceux qui attendaient une révolution y verront un pas de côté, presque une parenthèse.

Pourtant, difficile de reprocher au studio d’avoir tenté autre chose.
Mirage n’est pas un jeu de masse, ni un blockbuster au gigantisme épuisant.
C’est une lettre d’amour adressée à ceux qui, en 2007, ont ressenti la magie d’un assassin bondissant entre les toits de Damas ou Jérusalem.
Mais une lettre qui aurait mérité un peu plus de mordant.


Chapitre 6 : Durée de vie, rythme et structure

L’un des aspects les plus marquants de Mirage, c’est sa durée de vie resserrée.
Comptez une quinzaine d’heures pour boucler l’histoire principale, une vingtaine pour ceux qui aiment tout explorer.
Dans un monde où la plupart des AAA s’étalent sur des dizaines d’heures, cette concision a quelque chose de rafraîchissant.

Le jeu va droit à l’essentiel : peu de quêtes secondaires, peu de remplissage, une narration fluide.
Mais cette densité maîtrisée a un revers : on ressort parfois avec l’impression que le voyage s’est terminé trop tôt.
L’univers de Bagdad, si riche visuellement, aurait mérité plus d’histoires, plus de personnages secondaires, plus de dilemmes moraux.

Les quêtes annexes présentes, souvent centrées sur la traque et la collecte, manquent d’envergure.
Elles rappellent davantage les “contrats” des anciens opus que les aventures narratives d’Odyssey ou Valhalla.
Là encore, Ubisoft privilégie la pureté du concept à la surenchère.

Le rythme global, lui, est bien calibré.
Le jeu alterne entre infiltration minutieuse, exploration libre et moments d’action mesurés.
On sent une volonté claire de reconnecter le joueur à la tension du geste, à la fragilité de l’assassin qui peut mourir d’une simple erreur.
Et cette vulnérabilité, oubliée depuis longtemps, redonne au jeu une dimension humaine bienvenue.


Conclusion : Mirage, un souffle du passé dans un monde saturé

Assassin’s Creed Mirage n’est ni un tournant, ni un simple épisode de transition.
C’est un manifeste.
Une déclaration d’amour à la furtivité, à la précision, à l’élégance de l’ombre.

Ubisoft ne signe pas ici le jeu le plus spectaculaire de la franchise, mais probablement le plus sincère depuis Black Flag.
Le studio prend le contrepied des tendances actuelles : pas de monde ouvert gigantesque, pas de loot infini, pas de missions à rallonge.
Seulement un assassin, une ville, une mission, une promesse.

Bien sûr, tout n’est pas parfait :
le gameplay aurait gagné à être plus nerveux, l’écriture plus audacieuse, et l’intelligence artificielle plus crédible.
Mais en refusant la démesure, Mirage parvient à renouer avec une émotion que la série avait perdue : la grâce silencieuse du meurtre parfait.

Mirage est un jeu d’équilibre.
Il ne crie pas, il chuchote. Il ne s’impose pas par la puissance, mais par la maîtrise.
Et à une époque où tant de productions cherchent à séduire par le gigantisme, ce choix de sobriété résonne comme un acte de résistance.

Assassin’s Creed Mirage, c’est un retour en arrière assumé, un hommage à la patience, à l’observation, à l’art de disparaître.
Et si certains y verront une simple nostalgie, d’autres y reconnaîtront enfin le cœur battant d’Assassin’s Creed.


🧩 Verdict Final – Test Assassin’s Creed Mirage

CritèreNote /10Analyse
Graphismes & direction artistique19/20Bagdad est un bijou visuel. Lumières, textures et atmosphère transportent instantanément le joueur dans un IXᵉ siècle crédible et envoûtant.
Gameplay & infiltration15/20Le retour aux fondamentaux fait du bien, mais l’IA et les combats manquent de modernité. L’infiltration reste jouissive pour les puristes.
Scénario & narration14/20Une histoire intimiste et bien jouée, mais qui aurait gagné à exploiter davantage la richesse du contexte historique.
Ambiance sonore & bande originale18/20Un travail remarquable sur les voix, la musique et les sons d’ambiance. Immersif et authentique.
Durée de vie & rythme16/20Compact, fluide, sans remplissage inutile. On en redemande, signe que la formule fonctionne malgré sa brièveté.
Innovation12/20Peu de nouveautés mécaniques, mais une direction claire et assumée. Mirage joue la carte du classicisme maîtrisé.
Global16/20Un retour aux sources réussi, imparfait mais sincère. Mirage n’est pas révolutionnaire, mais il redonne à Assassin’s Creed ce qu’il avait perdu : une âme.
Test Assassin’s Creed Mirage : un retour aux sources séduisant mais limité
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Test Assassin’s Creed Mirage : un retour aux sources séduisant mais limité

Assassin’s Creed Mirage n’est pas un blockbuster à la Valhalla. C’est une œuvre plus humble, plus maîtrisée, qui préfère la justesse à la grandeur. Pour les vétérans de la série, c’est une bouffée d’air pur et un hommage vibrant à une époque disparue. Pour les nouveaux venus, un aperçu précieux de ce qu’était le vrai Assassin’s Creed : celui de l’ombre, du calcul, du silence. Un mirage, peut-être. Mais un mirage plein de beauté, de cohérence et de respect.

Points positifs
  • Un spectacle visuel éblouissant, où chaque plan captive l’œil.
  • Un level design maîtrisé, pensé pour la liberté et la verticalité.
  • Bagdad, véritable organisme vivant, foisonnant de sons, de couleurs et de mouvement.
  • Une richesse de détails impressionnante, à chaque coin de rue et sur chaque toit.
  • Un scénario qui dévoile enfin les zones d’ombre de Basim, ajoutant de la profondeur au personnage.
  • Une bande-son immersive et élégante, parfaitement en phase avec l’atmosphère du jeu.
Points négatifs
  • Un gameplay qui accuse son âge, sans la modernité attendue d’un titre actuel.
  • Une intelligence artificielle dépassée, souvent incohérente dans ses réactions.
  • Des combats trop basiques, manquant de nervosité et de profondeur tactique.
  • Aucun moment réellement marquant, le jeu peine à offrir une séquence mémorable.
  • Des quêtes secondaires sans éclat, qui peinent à susciter l’envie d’explorer davantage.
  • Un niveau de difficulté trop indulgent, qui prive l’aventure d’un vrai sentiment de danger.
  • Une durée de vie un peu courte, surtout pour ceux qui filent droit dans l’histoire principale.
  • Une version française inégale, au doublage parfois plat ou dénué d’émotion.

saad.aguedach@gmail.com

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