Ubisoft vient d’annoncer la restructuration la plus profonde de son histoire. Le 21 janvier 2026, l’éditeur français a officialisé une transformation radicale : scission en cinq entités autonomes, annulation de plusieurs jeux majeurs et poursuite d’un plan de licenciements massif jusqu’en 2028.
Une décision qui divise profondément, tant chez les employés que dans la communauté gaming.
Voici ce que signifie concrètement cette restructuration d’Ubisoft pour les joueurs, les salariés et l’avenir du groupe.
Ubisoft se réorganise autour de cinq « Creative Houses » indépendantes
Au cœur de cette transformation se trouvent les Creative Houses, cinq business units autonomes disposant chacune de leur propre direction, stratégie et responsabilité financière. Cette nouvelle organisation marque une rupture nette avec le modèle centralisé qui caractérisait Ubisoft depuis plus de 35 ans.
- Vantage Studios hérite des franchises les plus rentables comme Assassin’s Creed, Rainbow Six et Far Cry. Elle regroupe notamment les studios de Montréal, Québec, Barcelone et Sofia. Cette entité est déjà opérationnelle depuis octobre 2025, à la suite d’un investissement de 1,16 milliard d’euros de Tencent, qui détient désormais 26,32 % de participation économique.
- La Creative House 2 se concentre sur les jeux de tir compétitifs (Ghost Recon, Splinter Cell, The Division).
- La Creative House 3 gère les jeux live et services (The Crew, Skull & Bones, For Honor).
- La Creative House 4 est dédiée aux expériences narratives (Prince of Persia, Rayman, Beyond Good & Evil).
- Enfin, la Creative House 5 cible le marché casual et mobile avec Just Dance et UNO.
Ubisoft espère ainsi gagner en agilité et en créativité dans un marché du jeu vidéo devenu extrêmement concurrentiel.

Ubisoft annule six jeux, dont le remake de Prince of Persia
L’annonce la plus choc concerne l’annulation de six projets, parmi lesquels le très attendu remake de Prince of Persia : Les Sables du Temps. Pourtant annoncé comme proche de la finalisation selon plusieurs sources internes, le jeu est finalement abandonné après avoir déjà subi un reboot complet.
À ces annulations s’ajoutent :
- trois nouvelles licences non annoncées,
- un jeu mobile,
- et deux projets restés volontairement mystérieux.
En parallèle, sept jeux Ubisoft sont reportés afin de bénéficier de temps de développement supplémentaire. Parmi eux figure le remake d’Assassin’s Creed Black Flag (potentiellement renommé Black Flag Resynced), initialement prévu pour mars 2026 et désormais repoussé à l’exercice fiscal 2027.
Selon Frederick Duguet, directeur financier d’Ubisoft, ces décisions visent à garantir des « standards de qualité renforcés » dans un marché devenu « de plus en plus sélectif ».
Licenciements chez Ubisoft : un coût humain massif
Cette restructuration s’accompagne d’un plan de licenciements d’ampleur. Après la suppression de plus de 3 000 postes dans le cadre d’un programme d’économies de 300 millions d’euros, Ubisoft prolonge l’effort avec 200 millions d’euros supplémentaires d’ici mars 2028.
Plusieurs studios sont directement touchés :
- fermeture définitive des studios de Halifax (71 emplois) et de Stockholm,
- suppression de 55 postes chez Massive Entertainment,
- restructurations à Abu Dhabi, RedLynx et dans d’autres sites européens.
La tension est palpable en interne. Sur Reddit, de nombreux employés dénoncent une gestion jugée toxique. Le syndicat STJV parle d’un « plan de licenciement déguisé » et évoque des départs volontaires encouragés. Certains salariés en France et au Canada envisageraient même des démissions collectives pour obtenir de meilleures indemnités.
Ubisoft impose le retour au bureau et réduit le télétravail
Dans ce climat déjà tendu, Ubisoft a également annoncé la fin quasi totale du télétravail, imposant un retour au bureau cinq jours par semaine avec un quota annuel limité de travail à distance.
La direction justifie cette mesure par la nécessité de renforcer la collaboration, estimant que le présentiel est un « levier clé de réussite » dans le développement de jeux AAA.
Cette décision a déclenché une vive colère chez les employés. Le syndicat français annonce une mobilisation élargie, y compris à l’international. De nombreux salariés expliquent avoir organisé leur vie personnelle autour du télétravail. En février 2025, les équipes d’Ubisoft Bordeaux avaient déjà fait grève contre ces restrictions.

Une situation financière d’Ubisoft très préoccupante à court terme
Les prévisions financières d’Ubisoft pour l’exercice 2025-2026 dressent un tableau alarmant :
- environ 1,5 milliard d’euros de net bookings,
- une baisse de 330 millions d’euros de la marge brute,
- un EBIT négatif proche du milliard d’euros,
- un free cash flow compris entre -400 et -500 millions d’euros.
La dette nette est estimée entre 150 et 250 millions d’euros, tandis que l’action Ubisoft a chuté de 37 % depuis l’annonce de la restructuration.
Une communauté gaming divisée face à l’avenir d’Ubisoft
Sur Reddit et les réseaux sociaux, la communauté est partagée. Certains joueurs voient dans cette crise une opportunité de renouveau créatif. D’autres expriment un profond scepticisme, rappelant des années de décisions controversées.
L’annulation de Prince of Persia choque particulièrement, d’autant plus que Beyond Good & Evil 2 reste officiellement en développement malgré son statut d’« arlésienne » du jeu vidéo.
Un pari risqué sur l’autonomie créative
Avec cette restructuration, Ubisoft joue une carte décisive. La décentralisation via les Creative Houses pourrait favoriser l’innovation et une meilleure écoute des joueurs, mais elle s’accompagne de sacrifices humains majeurs et d’un risque financier considérable.
L’investissement de Tencent apporte une bouffée d’oxygène, mais la valorisation de 3,8 milliards d’euros de Vantage Studios interroge sur la solidité des autres entités. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si ce « tout détruire pour mieux reconstruire » permettra à Ubisoft de se relever… ou précipitera sa chute.

